Je suis partie en voyage en Amérique du Sud. J’ai commencé par vivre un mois et demi à Buenos Aires, la capitale fantasmée d’Argentine. J’y ai découvert le tango et j’ai été fascinée. J’ai regardé les couples danser. Et le tango est une langue. Un jeu fin entre l’homme et la femme : séduction, domination, affrontement, jeu ? – ambigu. L’atmosphère des bals de cette ville, que je n’ai pas encore retrouvée à Paris, m’a beaucoup inspirée. C’est une ambiance boisée, chaude, festive mais les danseurs sont étrangement silencieux. Leurs pieds parlent.
Je me suis intéressée à l’histoire du tango, né dans les faubourgs de Buenos Aires à la fin du 19ème siècle, dans des maisons où s’entassaient des immigrés venus de tous bords, qui constituaient peut-être la moitié de la population. Entre les bordels et les conflits de gangs. Ma lecture de la danse s’est alors affinée, puisqu’elle était née dans le foutre, puisqu’elle était, au sein d’un contexte sordide, une nécessité de la poésie. Dans Le Tango, ouvrage de référence dans mon travail, Horacio Salas dit : « Plusieurs penseurs argentins ont assimilé le tango au sexe ou l’ont qualifié de simple danse lascive. Je crois que c’est exactement l’inverse. Il est certain que le tango est né dans les lupanars, mais cette constatation doit nous faire supposer qu’il est quelque chose comme son contraire car la création artistique est un acte presque invariablement antagonique : un acte de fuite ou de rébellion. On crée ce que l’on n’a pas, ce qui d’une façon est objet de notre désir profond et de notre espérance, ce qui nous permet de nous évader comme par magie de la dure réalité quotidienne. C’est en cela que l’art ressemble au rêve. »
« Un lotus.
Jaz est un lotus.
Dans cet immeuble mise à jour du tableau
en y classant individuellement les noms
de tous les résidents et les tiers hébergés
dans l’ordre alphabétique crasseux où
l’on patauge dans sa propre merde
Jaz émerge comme un lotus.
C’est sa présence qui l’illumine
et le maintient encore dans
un semblant d’humanité. »
in Jaz, Koffi Kwahulé
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